23/09/2008

Au revoir Willy…

Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m’avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir… et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras : « oui, les étoiles, ça me fait toujours rire ! » et ils te croiront fou. Je t’aurai joué un bien vilain tour… » (Antoine de Saint-Expupéry « Le petit Prince »)

 

C’est sur… c’est un vilain tour…

Et il faudra du temps pour nous consoler.

Quand on « apprivoise », pour reprendre les mots de mon aviateur préféré, on sait qu’un jour, on risque d’avoir de la peine…

 

Je trempe ma plume dans l’encre ce matin, pour rendre hommage à Willy De Roos, un homme qui a embelli mon chemin.


willy de roos

 

 

 

Notre rencontre date de l’époque où je rédigeais mon mémoire, mémoire dont le sujet était : « L’évolution du rôle de la communication dans les expéditions polaires »…

J’avais rencontré Alain Hubert, lu à peu près tout ce qui concernait la participation de notre pays à la découverte des pôles, dévorés les récits des premiers explorateurs… j’étais passionnée par ces immensités immaculées, ce qu’elles représentaient comme enjeux également…

 

Et puis, vint Willy…

Il était en tournée à l’époque comme conférencier dans le cadre d’ « Exploration du Monde ».

Etant en stage chez Philippe Delhasse, attaché de presse d’explo, j’en avais vu quelques uns, j’avais assisté à différentes conférences mais aucune d’elles ne ressemblait à celle que proposait Willy.

 

Son film avait plus de 20 ans, il pouvait avoir un aspect désuet à côté des récents tournages aux couleurs chatoyantes, on pouvait aussi se demander comment allait se passer la conférence…

Il faut dire que mon ami était âgé, il était né en 1923.

 

Dans cette conférence, il nous emmenait à bord du Williwaw, un voilier en acier, un ketch de 13 mètres, adapté aux conditions climatiques très rigoureuses, voilier qu’il s’était fait construire à Thuin…

williwaw


Il venait nous raconter son épopée en solitaire…

Au début de juin 1977. Il franchit le cercle arctique, le 16 du même mois, longe la côte ouest du Groenland, se faufile de chenal en chenal à travers le dédale des îles du nord canadien et, le 18 septembre, passe le détroit de Béring, réalisant ainsi un exploit jamais renouvelé depuis Amundsen: joindre l'Atlantique au Pacifique par le passage du Nord-Ouest. Il longe ensuite la côte ouest des deux Amériques, fonçant vers le pôle Sud pour entrer dans l'Antarctique et compléter le premier tour des Amériques.

Grâce à sa moisson d'images et surtout au récit de sa voix posée; cette voix claire, sage et teintée d’intelligence et d’humour, avec cette petite pointe d’accent néerlandophone que l’on distingue à peine tant son français était académique; il faisait partager les sentiments éprouvés par l'homme confronté à une lutte incessante pour la survie.

 

Assister à l’une de ses conférences, c’était presque une leçon de philosophie… il parlait de la solitude, de la peur, de la fatigue, de la liberté… ainsi de la solitude, il disait :

 

« La difficulté dans la solitude ce n’est pas tant le manque des autres, c’est l’omniprésence de soi. Pour vivre sereinement la solitude il est indispensable de s’entendre avec soi-même et de s’accepter tel que l’on est.(…) Il est bon de s’aimer, de se savoir volontaire, capable de gravir le chemin que l’on s’est choisi. Capable de s’offrir la fierté de pouvoir penser du bien de soi. Certes il m’arrive de regretter d’être seul, d’aimer la présence d’un être cher, mais c’est lui qui me manque et ce n’est pas moi-même qui suis de trop »

 

Par la suite, lors de nos rencontres, il ne cessait de distiller sa sagesse pour mon plus grand bonheur…

Sans en avoir l’air, il me donnait des pistes pour « grandir ».

Dans les moments de silence, ses yeux pétillants vous souriaient, vous laissant passer un : « Dis, tu comprends ? »

 

Je lui faisais lire mes écrits (je voulais être sure de la véracité des histoires que je racontais !) il corrigeait certains détails, puis dépliait son grand corps devenu un peu raide pour aller dans sa bibliothèque me chercher des cartes et des livres…

Il me montrait le carnet de bord du Williwaw, les dessins que son ami Alfie avait réalisés en Antarctique, il me faisait rire en racontant des anecdotes comme lorsqu’il avait eu un compagnon durant son voyage, un goéland qui avait squatté le pont plusieurs jours mais qui avait eu le mauvais goût de « rajouter des îles sur ses cartes »…

Il est parti et j’avais envie de le remercier d’avoir dessiner des chemins sur la mienne.

le passage du nord ouest

12:00 Écrit par Mel dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : willy de roos, hommage |  Facebook |

Commentaires

C'est dur de perdre un ami , parce que ses amis on les choisit !
Courage Mel , toutes mes (nos) pensées pour toi et les proches de Willy !

Écrit par : sof | 23/09/2008

Quel bel hommage rendu à être qui vous était (est) si cher...
Je ne le connaissais pas, mais c'est le genre de personne que l'on aurait souhaité rencontrer dans sa vie, et ça a été votre cas. Votre témoignage me touche, et je compatis.

Écrit par : Virginia | 23/09/2008

C'est une touchante éloge funèbre que tu nous as écrit Mel. Un ami est parti mais il sera toujours présent dans ton coeur.
[i]"J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai..." Le Petit Prince. Saint-Exupéry[/i]

Écrit par : Laurent | 23/09/2008

notre ami Willy je suis comme Mélanie
bien triste d'avoir perdu un ami
j'ai pu correspondre avec lui durant ses derniers mois ,
il restera pour moi un des plus grands explorateurs du passge du nord ouest.
je suis heureux de l'avoir rencontré en 1981
la belgique a perdu un grand homme ,
un grand humaniste,
en france nous avions le commandant Charcot
et la belgique willy de roos .
le vainqueur du passage du nord ouest .
amicalement
jean claude

Écrit par : LACAILLE | 24/09/2008

A mon tour je t'envoie mes "Plumes" pour te réconforter. "La mémoire est un grenier aux images d'où il fait bon ressortir ses plus beaux souvenirs."(i)

Écrit par : Philou | 24/09/2008

lettre à Willy Voici ce que j'avais écrit à Willy en son temps. Il m'avait répondu avec une telle gentillesse que j'en avais été ému et flatté. Cette fois, ce sera un e-mail vers le ciel, une fenêtre ouverte : Cher Monsieur,

J'ai été amené à lire l'interview que vous avez accordée à Mélanie Delhaye pour son mémoire et j'ai trouvé qu'elle débouchait sur des horizons lointains certes, mais aussi sur une sagesse profonde, ce qui changeait assez du genre habituel, souvent superficiel. C'est qu'il s'agissait là de la rencontre d'un personnage hors du commun et d'une intervieweuse douée. La dernière appréciation étant peut-être faussée par la subjectivité, vu que je l'ai fait sauter sur mes genoux quand elle était petite.

Cela m'a inspiré la petite nouvelle que vous verrez en pièce jointe. Elle ne prétend pas vous mettre en scène. Je me suis simplement demandé ce qui pourrait déclencher en moi la décision de "prendre le large". En même temps me préoccupait cette canicule qui fut un tragique révélateur de nos inconséquences. J'ai voulu ainsi mélanger le chaud et le froid.

J'ai envoyé cette nouvelle à une amie qui travaille dans un hôpital et j'ai eu la joie d'apprendre qu'elle l'avait réconfortée dans le combat qu'elle livre aux frontières de la vie. Cela fait toujours plaisir.

Ce n'est qu'ensuite que j'ai lu votre "Passage du Nord-Ouest" qui m'a fasciné.Vous êtes de ces hommes qui osent chatouiller les dieux, au risque de se consummer au contact de leur souffle glacé. Vous avez beau insister sur une préparation et un comportement méticuleux et rationnel, il reste que la part d'impondérable semble avoir été importante au point de vous mettre plusieurs fois en danger.

Le marin que vous êtes risque fort de sourire en lisant l'une ou l'autre invraisemblance. Certaines sont volontaires (il fallait que cela se passe en août), d'autres fruits de l'ignorance, qui peuvent être corrigées.

J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop d'avoir phagocité votre personnage. C'est que la fiction doit bien se nourrir de réalité...

Je pense que je me devais en tous cas de faire connaître la chose à celui qui l'a inspirée.

Bon vent et bien à vous,
J.L. Wart.

Écrit par : Jean-Luc Wart | 24/09/2008

Willy de Roos Bonjour Mélanie,
Je suis une des filles de Willy et viens seulement de trouver votre blog.
Pour info : nous avons exaucé le voeu de notre père en déposant tout son matériel cinématographique dans un musée et serions heureuses de partager avec vous le 11 septembre prochain l'inauguration de l'espace qui lui est consacré au musée. Cet inauguration sera agrémentée par une ou des projections.
Si cela vous intéresse, n'hésitez pas à me contacter.
Bien à vous,
Suzanne de Roos

Écrit par : de Roos Suzanne | 06/07/2010

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